Perdre un proche, c’est déjà difficile. Se retrouver avec une facture fiscale salée quelques semaines après le décès, c’est une autre épreuve. Pourtant, une grande partie des héritiers ne paie aucun droit de succession — soit parce que leur lien avec le défunt les exonère totalement, soit parce que la valeur des biens transmis reste sous les abattements légaux. Encore faut-il savoir à quelle case on appartient.
Le régime fiscal des successions distingue plusieurs niveaux d’exonérations : certaines sont totales et s’appliquent quoi qu’il arrive, d’autres sont partielles ou conditionnelles. Le point sur les cas concrets.
Le conjoint survivant et le partenaire de PACS
Une exonération totale depuis 2007
Le conjoint marié survivant bénéficie d’une exonération totale de droits de succession depuis la loi TEPA du 21 août 2007. Peu importe la valeur du patrimoine transmis, peu importe la nature des biens : aucune déclaration de droits à payer. Cette règle s’applique à l’ensemble de l’actif successoral reçu du défunt.
Le partenaire lié par un PACS bénéficie du même traitement fiscal. En revanche, le concubin — même de longue date, même avec des enfants en commun — reste imposé au taux de 60 % après un abattement dérisoire de 1 594 €. La différence est brutale.
✅ À retenir
Conjoint marié et partenaire pacsé = exonération totale des droits de succession, sans plafond. Le concubinage ne donne droit à aucune exonération spécifique.
Cas particulier : les frères et sœurs du défunt
Normalement taxés à 35 % ou 45 %, les frères et sœurs héritiers peuvent bénéficier d’une exonération totale sous trois conditions cumulatives :
- Être célibataire, veuf(ve), divorcé(e) ou séparé(e) de corps au moment du décès
- Avoir plus de 50 ans ou être atteint d’une infirmité l’empêchant de subvenir à ses besoins
- Avoir habité avec le défunt de façon continue pendant les 5 années précédant le décès
Ces trois critères doivent être réunis simultanément. Un seul manquant, et l’exonération tombe. Ce cas reste rare dans la pratique, mais il concerne des milliers de familles chaque année.
Les héritiers exonérés en fonction de la nature des biens
Certains biens échappent aux droits de succession quelle que soit la qualité de l’héritier. Ce sont les exonérations liées à l’actif transmis, pas à la personne qui le reçoit.
- Les contrats d’assurance-vie : les capitaux versés aux bénéficiaires désignés ne font pas partie de la succession civile. Pour les versements effectués avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 €. Au-delà, la fiscalité reste avantageuse (20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 %).
- Les réversions de rentes viagères entre époux et partenaires pacsés sont exonérées.
- Les monuments historiques classés ou inscrits bénéficient d’exonérations spécifiques sous conditions de conservation et d’ouverture au public.
- Les biens ruraux et parts de groupements fonciers agricoles (GFA) transmis sous engagement de conservation bénéficient d’une exonération partielle des trois quarts de leur valeur.
- Les titres d’entreprises transmis via le Pacte Dutreil : 75 % de la valeur des parts ou actions est exonérée, sous conditions d’engagement de conservation.
💡 Notre conseil
Le Pacte Dutreil est l’un des outils les plus puissants pour transmettre une entreprise familiale. Pour en bénéficier, les engagements doivent être pris avant le décès ou via une donation. Consultez un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine dès maintenant, pas après.
⚠️ Les abattements : une exonération partielle pour la plupart des héritiers
Tous les héritiers ne bénéficient pas d’une exonération totale, mais presque tous ont droit à un abattement sur la part reçue. Concrètement, les droits ne sont calculés que sur ce qui dépasse ce seuil.
| Lien avec le défunt | Abattement légal |
|---|---|
| Enfant, père ou mère | 100 000 € |
| Petit-enfant | 1 594 € |
| Arrière-petit-enfant | 1 594 € |
| Frère ou sœur (hors exonération) | 15 932 € |
| Neveu ou nièce | 7 967 € |
| Personne handicapée (tous liens) | 159 325 € (abattement spécifique cumulable) |
Un enfant unique qui hérite de 90 000 € de biens après le décès d’un parent ne paie donc rien : son abattement de 100 000 € couvre la totalité. À noter que cet abattement se reconstitue tous les 15 ans, ce qui rend les donations anticipées très efficaces pour réduire la facture future.
100 000 €
abattement par enfant sur la succession d’un parent — renouvelable tous les 15 ans via donation
Les organismes exonérés : associations, fondations et État
Les legs et donations à certaines personnes morales échappent totalement aux droits de succession. Cette exonération s’applique indépendamment du montant transmis.
Sont concernés :
- L’État français et les collectivités territoriales
- Les établissements publics à caractère scientifique, culturel ou professionnel
- Les associations reconnues d’utilité publique (sous conditions)
- Les fondations reconnues d’utilité publique — la Fondation de France, par exemple, reçoit des legs exonérés chaque année pour des dizaines de millions d’euros
- Les organismes d’aide aux personnes handicapées ou en difficulté sociale agréés
- Les partis politiques et groupements syndicaux dans certains cas
Pour bénéficier de cette exonération, le legs doit figurer expressément dans le testament et l’organisme doit remplir les conditions légales au jour du décès. La déclaration de succession doit mentionner ces transmissions, même si elles sont exonérées.
⚠️ À garder en tête
Une association loi 1901 n’est pas automatiquement exonérée. Seules les associations reconnues d’utilité publique ou répondant à des critères précis définis par le code général des impôts bénéficient de l’exonération sur les legs reçus. Vérifiez le statut exact avant de rédiger votre testament.
Comment déclarer une succession avec des exonérations ?
Même quand aucun droit n’est dû, la déclaration de succession reste obligatoire dans la plupart des cas. Elle doit être déposée dans les 6 mois suivant le décès pour un décès en France (12 mois pour un décès à l’étranger).
Recenser l’ensemble du patrimoine : immobilier, comptes bancaires, placements, véhicules, parts de société, dettes éventuelles.
Lien de parenté, nature des biens transmis, qualité des héritiers — chaque cas doit être examiné séparément.
Le formulaire 2705 (ou 2705-S) est à adresser au service des particuliers compétent. Le notaire s’en charge généralement pour les successions incluant des biens immobiliers.
Pour les successions simples entre époux ou pour les patrimoines modestes entièrement couverts par les abattements, le site impots.gouv.fr propose des ressources pour remplir la déclaration sans notaire. Cette option reste réservée aux cas sans immobilier ni conflit entre héritiers.
Questions fréquentes
Un enfant paie-t-il toujours des droits de succession ?
Non. Chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 € sur la part reçue du défunt. Si la valeur des biens transmis est inférieure à ce seuil, aucun droit n’est dû. Au-delà, seule la fraction excédentaire est imposée selon un barème progressif allant de 5 % à 45 %.
Le conjoint survivant doit-il quand même faire une déclaration de succession ?
Oui, dans la majorité des cas. L’exonération totale dont bénéficie le conjoint marié ou pacsé ne dispense pas de la déclaration de succession lorsque le patrimoine du défunt dépasse 50 000 € ou inclut des biens immobiliers. La déclaration est obligatoire même si aucun droit n’est à régler.
Une donation antérieure réduit-elle les exonérations disponibles ?
Oui. Les donations consenties au cours des 15 années précédant le décès sont rappelées fiscalement dans la succession. Elles s’imputent sur l’abattement disponible : si un parent a déjà donné 80 000 € à un enfant il y a 10 ans, il ne reste que 20 000 € d’abattement au moment du décès.
Les petits-enfants bénéficient-ils d’exonérations spécifiques ?
L’abattement standard pour un petit-enfant n’est que de 1 594 €, ce qui est très faible. En revanche, si leur parent (enfant du défunt) est décédé avant lui, les petits-enfants héritent par représentation et bénéficient alors de l’abattement de 100 000 € de leur parent décédé, partagé entre eux.