Hériter de son frère ou de sa sœur coûte cher. Très cher. La succession entre frères et sœurs est frappée par l’un des taux marginaux les plus élevés du barème fiscal français : 60 % au-delà de 24 430 € de part nette taxable. C’est deux fois plus que ce que paie un enfant, et à peu près autant qu’un étranger sans lien de parenté. Pourtant, peu de gens anticipent cette réalité avant qu’il ne soit trop tard.
Comprendre comment s’organise cette succession — qui hérite, dans quel ordre, avec quelle fiscalité — permet de prendre les bonnes décisions du vivant du défunt. Frères et sœurs, neveux et nièces, époux, concubins : les règles varient radicalement selon la configuration familiale.
Qui hérite quand un frère ou une sœur décède ?
La place des frères et sœurs dans l’ordre successoral
Le Code civil organise la succession en quatre ordres. Les frères et sœurs appartiennent au deuxième ordre, celui des collatéraux privilégiés. Concrètement, ils n’héritent que si le défunt ne laisse ni descendants (enfants, petits-enfants) ni père ou mère en vie. Si un parent survivant existe encore, il prime sur les frères et sœurs — sauf pour la moitié de la succession que les frères et sœurs conservent dans certains cas de fente successorale.
Quand le défunt était célibataire, sans enfants et sans parents en vie, ses frères et sœurs se partagent l’intégralité du patrimoine à parts égales. Les demi-frères et demi-sœurs héritent aussi, mais uniquement de la moitié correspondant à la branche commune.
Le conjoint, les concubins et leur impact sur la succession
Un époux survivant change tout. Marié sans enfants ni parents, le conjoint hérite en principe de la totalité des biens, reléguant les frères et sœurs à zéro. Attention : le PACS n’ouvre aucun droit légal à la succession — le partenaire pacsé doit absolument avoir été désigné par testament pour hériter. Quant aux concubins, ils sont traités comme des étrangers par la loi et ne reçoivent rien en l’absence de dispositions testamentaires.
⚠️ À garder en tête
Un partenaire de PACS ou un concubin ne reçoit rien sans testament. Sans acte rédigé chez un notaire, les frères et sœurs du défunt hériteront à sa place — même si la relation durait depuis 20 ans.
⚠️ La fiscalité : un taux parmi les plus élevés
Abattement et barème applicable
L’abattement accordé aux frères et sœurs est fixé à 15 932 € par héritier. En comparaison, un enfant bénéficie de 100 000 €. Au-delà de cet abattement, deux tranches s’appliquent :
- 35 % sur la part nette taxable jusqu’à 24 430 €
- 45 % au-delà de 24 430 €
Ces taux concernent les frères et sœurs qui remplissent une condition d’exonération partielle (célibataires, veufs ou divorcés, sans enfants, ayant vécu avec le défunt pendant les 5 ans précédant son décès). Dans tous les autres cas, le taux grimpe à 60 % — soit le tarif des non-parents.
60 %
taux applicable aux frères et sœurs hors conditions d’exonération partielle
L’exonération pour cohabitation : conditions strictes
Le mécanisme d’exonération partielle existe, mais il est encadré très strictement. Pour en bénéficier, le frère ou la sœur héritier doit, au moment du décès :
- Être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps
- Ne pas avoir d’enfants à charge
- Avoir vécu sous le même toit que le défunt de façon continue pendant les 5 années précédant le décès
Si une seule condition manque, le taux de 60 % s’applique. Dans la pratique, ce mécanisme concerne surtout des situations de vie commune prolongée entre frères et sœurs âgés.
✅ À retenir
Les frères et sœurs qui héritent disposent d’un abattement de 15 932 €, puis paient 35 ou 45 % — seulement s’ils remplissent les trois conditions de cohabitation. Sinon : 60 % dès le premier euro après abattement.
🎯 Anticiper pour réduire la facture
La donation entre vifs
Transmettre de son vivant reste la stratégie la plus directe. Une donation entre frères et sœurs bénéficie du même abattement de 15 932 €, renouvelable tous les 15 ans. Sur un patrimoine de 100 000 €, deux donations espacées de 15 ans permettent d’effacer plus de 30 000 € de base taxable. Ce n’est pas miraculeux, mais ça compte.
La donation peut aussi prendre la forme d’un legs particulier inscrit dans un testament — par exemple, léguer un bien précis (appartement, véhicule, collection) directement à un frère ou une sœur, en dehors du partage général.
Le testament et les autres outils
Un testament permet de moduler la répartition entre héritiers légaux, dans la limite de la réserve héréditaire. Frères et sœurs ne sont pas héritiers réservataires : le défunt peut donc leur léguer moins — ou plus — que leur part légale, voire tout exclure au profit d’un tiers.
Pour les patrimoines plus importants, d’autres pistes existent :
- L’assurance-vie : les capitaux versés au bénéficiaire désigné sortent de la succession civile et bénéficient d’une fiscalité propre (abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans)
- La société civile immobilière (SCI) : transmettre des parts de SCI permet de jouer sur la valorisation et les abattements pour démembrement
- Le legs à une fondation : léguer une partie du patrimoine à une fondation reconnue d’utilité publique est exonéré de droits, ce qui réduit mécaniquement la masse taxable pour les autres héritiers
💡 Notre conseil
Si vous avez un patrimoine à transmettre à vos frères et sœurs, l’assurance-vie est probablement l’outil le plus efficace : fiscalité allégée, désignation libre du bénéficiaire, hors succession civile. À ouvrir le plus tôt possible pour maximiser l’antériorité du contrat. Consultez aussi notre dossier sur les donations entre vifs pour une approche complémentaire.
Constituer et déposer le dossier de succession
Après le décès, les frères et sœurs héritiers disposent de 6 mois pour déposer la déclaration de succession auprès des services fiscaux (12 mois si le défunt est décédé hors de France). Passé ce délai, des intérêts de retard s’appliquent — 0,20 % par mois.
Le dossier comprend notamment :
- L’acte de décès et l’acte de notoriété établi par un notaire
- L’inventaire complet du patrimoine du défunt (biens immobiliers, comptes bancaires, placements, dettes)
- Le testament éventuellement déposé
- Le formulaire Cerfa 2705 (déclaration de succession)
Le recours à un notaire est obligatoire si la succession comprend des biens immobiliers ou dépasse 5 000 €. Pour des successions entre frères et sœurs, c’est presque systématiquement le cas dès qu’il y a un logement dans le patrimoine du défunt.
« Entre frères et sœurs, l’impôt dépasse souvent 40 % de la valeur reçue. La transmission anticipée reste le seul vrai levier pour protéger ses proches. »
— Conseil fréquent des notaires spécialisés en droit patrimonial
FAQ — Succession entre frère et sœur
Un frère ou une sœur hérite-t-il toujours en l’absence de testament ?
Pas automatiquement. Les frères et sœurs n’héritent que si le défunt ne laisse ni enfants, ni petits-enfants, ni parents en vie. La présence d’un conjoint marié peut aussi les exclure totalement selon la configuration familiale.
Quel abattement s’applique à la succession entre frères et sœurs ?
L’abattement légal est de 15 932 € par héritier frère ou sœur. Au-delà, le taux d’imposition est de 35 % jusqu’à 24 430 € puis 45 %, sous réserve de remplir les conditions de cohabitation. Sinon, c’est 60 %.
Un demi-frère ou une demi-sœur hérite-t-il de la même façon ?
Non, pas exactement. Le demi-frère ou la demi-sœur hérite uniquement de la moitié correspondant à la branche parentale commune (maternelle ou paternelle). La fiscalité applicable reste la même.
Comment éviter de payer 60 % de droits de succession entre frères et sœurs ?
Les principaux leviers sont : la donation de son vivant (abattement de 15 932 € renouvelable tous les 15 ans), l’assurance-vie avec désignation du bénéficiaire, et le démembrement de propriété. Un notaire peut bâtir une stratégie adaptée au patrimoine concerné.
Les neveux et nièces peuvent-ils hériter à la place de leurs parents frères et sœurs du défunt ?
Oui, par le mécanisme de représentation. Si un frère ou une sœur du défunt est décédé avant lui, ses propres enfants (neveux et nièces du défunt) viennent le représenter et héritent de sa part. La fiscalité applicable est celle des neveux et nièces : même abattement de 7 967 € et taux de 55 %.